La mort vient à nous alors que nous vivons.

Il y a certains voyages que l’on ne veut pas faire. Certains voyages qui, quoi qu’il arrive, et vous le savez au plus profond de vous, vous mèneront dans des paysages désertiques et noirs rongés par la douleur et la peine.

Il y a certains wagons que personne ne voudrait emprunter. Et pourtant…

Le monde entier continue à tourner et vous êtes là, au milieu de nulle part, à errer entre deux endroits :

/ Les murs blancs, vides qui vous entourent mais le calme serein des assistantes qui sont au petit soin. Vous ne reconnaissez rien de ce qui vous est montré. Personne ne voudrait le reconnaître. Vous avez connu les sourires et vous faites face à une grimace figée. Les paroles ont du mal à se former. Tout passe par le regard. Les interrogations, la douleur, la peur mais également les moments de lucidité, de joie et de reconnaissance. Toute cette nouvelle vie est planifiée. L’heure des repas, de la sieste. L’heure de sortir prendre une pause, de souffler et parler du reste du monde, qui continue de tourner.

// Les murs colorés, de la vieille tapisserie, des photos où nous sommes enfants et où personne n’est vieux et personne ne se meurt dans un hôpital, rongé par une maladie que personne n’a méritée. Les pièces sont si vides. La vie ici semble tellement fausse et jouée. On fait à manger, on sort le chien, on va dormir. Parfois même on se pose sur le banc devant la maison et on rencontre les voisins. On parle de tout et de rien. Du bon vieux temps comme du présent. Chacun a ses blessures. Untel a perdu son fils et sa femme. Untel est borgne à cause de la guerre d’Algérie. Chacun continue à vivre malgré tout ce qu’il a traversé. Je donnerais tout pour rester là écouter ce genre de discussion au coucher du soleil. Partager l’expérience avec les anciens, écouter leurs histoires et comparer avec ma vie. Me rendre compte que nous ne faisons que passer. Regretter le passé, mon passé. Mais également regretter un passé que je n’ai pas connu.

Il y a certains regards qui ne trompent pas. Lorsqu’on dit au revoir sans savoir si nous nous reverrons sur cette Terre. Ne pas dire Adieu car ce serait beaucoup plus douloureux. Certains regards transpercent plus loin que la chaire. Plus loin que le cœur lui-même ne peut supporter.

Comment arriver à vivre à travers tout ça… car la douleur n’arrive pas tout de suite. La douleur survient des jours, semaines, mois plus tard. Le moment où l’on se rend compte qu’on est bel et bien seuls… Qu’il n’y aura plus que les photos pour nous rappeler que l’on a eu une tante, une grand-mère, un père, un frère, un mari ou un ami.

La mort n’est qu’un passage vers une autre vie. Je me le répète sans arrêt. Mais c’est si difficile de l’accepter…


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